# Quel taux de TVA s’applique pour votre cuisine

L’installation ou la rénovation d’une cuisine représente un investissement conséquent pour votre foyer. Au-delà du choix des équipements et du design, la question fiscale joue un rôle déterminant dans le budget final de votre projet. La taxe sur la valeur ajoutée (TVA) appliquée aux travaux de cuisine peut varier considérablement selon plusieurs critères : l’ancienneté du logement, la nature des prestations réalisées, ou encore le type d’équipements installés. Comprendre ces distinctions fiscales vous permettra d’optimiser vos dépenses et d’éviter les mauvaises surprises lors de la facturation. En France, trois taux principaux de TVA peuvent s’appliquer à votre projet de cuisine, allant de 5,5% à 20%, avec des conditions d’éligibilité strictement encadrées par l’administration fiscale.

Les différents taux de TVA applicables aux travaux de cuisine en france

Le système fiscal français prévoit trois taux distincts de TVA pour les travaux réalisés dans les logements. Cette différenciation repose sur des critères précis définis par le Code général des impôts (CGI) et vise à encourager la rénovation du parc immobilier existant tout en distinguant les opérations de construction neuve. Pour votre projet de cuisine, le taux applicable dépendra essentiellement de l’ancienneté de votre logement, de la nature des travaux entrepris, et de la manière dont les équipements sont fournis et installés.

Taux normal de 20% pour l’installation d’une cuisine dans un logement neuf

Le taux normal de TVA à 20% constitue le régime fiscal de droit commun appliqué à la majorité des biens et services en France. Dans le secteur de la cuisine, ce taux s’impose automatiquement lorsque vous faites installer une cuisine dans un logement achevé depuis moins de deux ans. Cette règle s’applique également aux constructions neuves et aux extensions significatives d’habitations existantes. Si vous venez d’acquérir un appartement sur plan ou une maison nouvellement construite, tous les équipements de cuisine installés seront soumis à ce taux plein, qu’il s’agisse des meubles, des équipements encastrables ou de la main-d’œuvre.

Ce taux de 20% s’applique également dans une situation fréquente mais souvent méconnue : lorsque vous achetez vous-même vos meubles de cuisine en magasin et que vous faites ensuite appel à un artisan indépendant pour l’installation. Dans cette configuration, même si votre logement a plus de deux ans, les équipements que vous avez achetés directement restent soumis au taux normal. Seule la prestation de pose réalisée par l’artisan pourra bénéficier du taux réduit de 10%, créant ainsi une facture à deux taux distincts.

Taux réduit de 10% pour la rénovation d’une cuisine de plus de 2 ans

Le taux intermédiaire de TVA à 10% représente l’option fiscale la plus courante pour les projets de rénovation de cuisine. Ce dispositif avantageux s’applique aux travaux d’amélioration, de transformation, d’aménagement et d’entretien réalisés dans les logements achevés depuis plus de deux ans. L’avantage fiscal concerne à la fois la fourniture des équipements et la main-d’œuvre, à condition que ces éléments soient facturés par la même entreprise qui réalise l’installation.

Pour bénéficier de ce taux réduit sur l’ensemble de votre projet, vous devez confier la fourniture et la pose à un professionnel unique. Cette condition implique que vous ne

puissiez pas dissocier l’achat de la pose. À l’inverse, si vous séparez les prestations (meubles achetés en grande surface, pose par un autre intervenant), l’administration considérera que la fourniture relève du taux normal à 20 %. Concrètement, plus votre projet est intégré (conception, fourniture, installation par le même professionnel), plus il est simple de sécuriser l’application de la TVA à 10 % sur la cuisine équipée.

Le taux réduit de 10 % couvre les meubles de cuisine fixés au bâti, le plan de travail, la crédence, ainsi que la quincaillerie et les petits matériaux indispensables (chevilles, vis, rails, joints, silicone, etc.). En revanche, l’électroménager (four, plaque, hotte, lave-vaisselle, réfrigérateur…) reste en principe taxé à 20 %, même lorsqu’il est encastrable. Pour éviter tout risque de requalification en cas de contrôle, il est recommandé de faire apparaître distinctement, sur la facture, la ligne « installation complète de cuisine – TVA 10 % » et la ligne « appareils électroménagers – TVA 20 % ».

Taux intermédiaire de 5,5% dans le cadre de la rénovation énergétique

En matière de rénovation de cuisine, le taux super réduit de TVA à 5,5 % ne s’applique pas directement à la pose des meubles ou à l’aménagement de la pièce. Il vise exclusivement les travaux de rénovation énergétique éligibles, réalisés dans un logement achevé depuis plus de deux ans et listés par le Code général des impôts. Toutefois, une partie de votre projet cuisine peut en bénéficier si vous en profitez pour améliorer la performance énergétique de votre logement : isolation, ventilation performante ou production d’eau chaude plus économe.

Par exemple, l’installation d’une VMC double flux, le calorifugeage des canalisations d’eau chaude ou la pose d’un chauffe-eau thermodynamique peuvent relever de la TVA à 5,5 % dès lors qu’ils respectent les critères techniques et qu’ils sont fournis et posés par une entreprise. De même, le remplacement des fenêtres simple vitrage de la cuisine par des menuiseries à haute performance énergétique peut entrer dans ce dispositif. Votre projet de cuisine se retrouve alors ventilé entre plusieurs taux de TVA : 10 % sur les éléments d’aménagement, 5,5 % sur les équipements énergétiques et 20 % sur l’électroménager.

Dans la pratique, il est souvent judicieux de demander à votre cuisiniste ou à l’artisan chargé du chantier d’établir des devis et des factures séparés pour les travaux de rénovation énergétique et les travaux purement décoratifs ou d’aménagement. Cette séparation permet de sécuriser l’application du taux de 5,5 %, d’éviter les confusions et de disposer de justificatifs clairs en cas de contrôle fiscal. Vous vous demandez si tel ou tel équipement entre ou non dans ce champ ? N’hésitez pas à solliciter un avis écrit (rescrit fiscal) ou à vous référer au bulletin officiel des finances publiques (BOFiP) pour les catégories de travaux listées.

Critères fiscaux de distinction entre fourniture et pose de cuisines équipées

La frontière entre « fourniture » et « fourniture avec pose » est centrale pour déterminer le taux de TVA sur une cuisine équipée. D’un point de vue fiscal, la TVA réduite de 10 % ne s’applique sur les équipements de cuisine que si ceux-ci sont indissociables du bâti et fournis par l’entreprise qui en assure l’installation. Autrement dit, le mobilier de cuisine doit être intégré à la configuration de la pièce et ne pas pouvoir être démonté sans détériorer le bâti ou le meuble lui-même. C’est cette notion d’intégration qui fait basculer l’opération dans le champ des travaux de rénovation du logement, et non dans la simple vente de meubles.

À l’inverse, lorsque vous achetez vos meubles de cuisine en tant que produits standards (caissons, éléments hauts, colonnes) sans contracter simultanément une prestation de pose auprès du même professionnel, l’administration fiscale considère qu’il s’agit d’une vente de biens meubles, imposable au taux normal de 20 %. La prestation d’installation réalisée ultérieurement par un artisan peut, elle, bénéficier du taux de 10 %, car elle est qualifiée de travail sur immeuble. On se retrouve alors avec deux opérations distinctes : une fourniture de biens à 20 % et une prestation de services à 10 %.

Pour les entreprises de cuisine, l’enjeu consiste donc à bien qualifier leurs contrats : s’agit-il d’un simple contrat de vente de mobilier, ou d’un contrat global de fourniture-installation ? Dans le premier cas, la TVA sera intégralement à 20 % sur les meubles, dans le second, la partie « équipements immobilisés » pourra être à 10 %. Comme pour un puzzle, chaque pièce prend sa place : plus vous confiez de missions à un interlocuteur unique, plus la qualification de l’opération complète comme « travaux sur immeuble » et l’application du taux réduit sont sécurisées.

Conditions d’éligibilité au taux réduit de TVA à 10% pour votre cuisine

Le taux de TVA à 10 % est attractif, mais il ne s’applique pas automatiquement à tous les projets de cuisine. L’administration fiscale impose une série de conditions relatives à l’ancienneté du logement, à sa destination (usage d’habitation), à la nature des équipements posés et à la façon dont les travaux sont réalisés. En tant que particulier, vous avez tout intérêt à vérifier ces critères en amont pour anticiper le budget de votre cuisine et éviter un redressement ultérieur.

Du côté des professionnels (cuisinistes, menuisiers, artisans du bâtiment), la vigilance doit être constante. Appliquer à tort un taux réduit sur des fournitures ou sur un logement non éligible expose à un rappel de TVA, des pénalités et des intérêts de retard. C’est pourquoi les entreprises exigent, dans la plupart des cas, une attestation du client confirmant l’ancienneté du bien et la destination des locaux. Vous l’aurez compris : le taux de TVA sur votre cuisine n’est pas seulement une ligne de plus sur un devis, c’est un véritable sujet juridique et fiscal.

Ancienneté du logement : règle des 2 ans minimum d’achèvement

La première condition d’éligibilité au taux de 10 % pour les travaux de cuisine concerne l’ancienneté du logement. Pour bénéficier de ce taux intermédiaire, votre maison ou votre appartement doit être achevé depuis plus de deux ans à la date de début des travaux. Cette notion d’achèvement renvoie à l’achèvement des travaux de construction au sens fiscal, et non à la date d’achat du bien. Ainsi, une maison livrée en 2025 ne sera éligible au taux de 10 % qu’à partir de 2027, même si vous en êtes propriétaire depuis sa livraison.

Comment prouver cette ancienneté ? En pratique, les professionnels s’appuient sur le permis de construire, l’attestation d’achèvement et de conformité des travaux, ou encore l’acte de vente qui mentionne l’année de construction. Le client doit attester sur l’honneur que le logement satisfait la règle des deux ans. Si les travaux interviennent dans un logement plus récent, ou dans un immeuble encore en cours de construction, le taux normal de 20 % s’applique à l’ensemble des prestations de cuisine, même si elles sont réalisées par un professionnel qualifié.

Cette règle des deux ans vise à distinguer clairement la construction neuve, soumise au taux plein, des opérations de rénovation et d’entretien du parc existant. Elle s’applique aussi bien aux résidences principales qu’aux résidences secondaires, ainsi qu’aux logements mis en location. Vous envisagez de refaire entièrement la cuisine d’un appartement acheté sur plan et livré il y a douze mois ? Fiscalement, vous êtes encore dans le régime du neuf : il faudra intégrer ce surcoût de TVA dans votre budget global.

Distinction entre résidence principale et résidence secondaire selon l’article 279-0 bis du CGI

Contrairement à une idée reçue, le bénéfice de la TVA à 10 % sur les travaux de cuisine ne dépend pas du fait que le logement soit une résidence principale ou secondaire. L’article 279-0 bis du CGI vise en effet les « locaux à usage d’habitation achevés depuis plus de deux ans », sans distinguer la nature de l’occupation. Autrement dit, que vous rénoviez la cuisine de votre résidence principale, de votre maison de vacances ou d’un appartement que vous mettez en location, le régime de TVA reste le même dès lors que les autres conditions sont remplies.

En revanche, ce critère d’usage d’habitation exclut les locaux à usage professionnel ou mixte lorsque les travaux portent sur la partie non destinée au logement. Une cuisine aménagée dans des bureaux, un cabinet médical ou un local commercial ne peut donc pas bénéficier du taux réduit de 10 % sur les meubles et équipements. Dans ce cas, le taux normal de TVA à 20 % s’applique, même si l’aménagement ressemble à s’y méprendre à une cuisine domestique.

Pour les logements gérés par des sociétés (SCI, sociétés patrimoniales, bailleurs sociaux), l’usage d’habitation reste déterminant. Les cuisines aménagées dans des logements loués à des tiers, des logements de fonction ou des résidences locatives entrent dans le champ du taux réduit, sous réserve du respect des conditions générales. Les professionnels auront intérêt à préciser clairement, dans leurs devis et factures, que les travaux concernent la partie habitation du bien pour sécuriser l’application du taux à 10 %.

Qualification juridique des équipements immobiliers par nature versus mobiliers

L’un des points les plus techniques concerne la qualification des équipements de cuisine en tant qu’immeubles ou meubles au sens fiscal. Pour simplifier, l’administration distingue les éléments « incorporés au bâti », qui suivent le régime du logement (et peuvent bénéficier du taux de 10 %), et les éléments mobiliers, qui restent soumis à la TVA au taux normal de 20 %. Cette distinction se fonde sur le critère de l’indissociabilité : un équipement est considéré comme immobilier par nature s’il ne peut pas être retiré sans détériorer le bâti ou l’équipement lui-même.

Les caissons bas et hauts fixés au mur, les colonnes, le plan de travail scellé, la crédence vissée ou collée de manière durable sont ainsi qualifiés d’éléments immobiliers. Ils relèvent du taux de 10 % lorsque la cuisine est posée dans un logement de plus de deux ans. À l’inverse, une table de cuisine, des meubles de rangement non fixés, des chaises, ou encore des éléments décoratifs amovibles restent des biens meubles ordinaires, taxés à 20 %. L’électroménager, même encastrable, est quant à lui considéré comme du mobilier ou des équipements ménagers, et relève en principe du taux normal.

On peut comparer cette distinction à celle que l’on ferait entre les murs d’une maison et les tableaux accrochés dessus : abattre un mur transforme la structure du logement, retirer un tableau ne laisse qu’un trou rebouchable. De la même façon, démonter un linéaire complet de cuisine fixée au mur implique des travaux de reprise du support, tandis que déplacer une desserte roulante ne modifie pas le bâti. C’est ce qui justifie une taxation différente et explique pourquoi le législateur réserve le taux réduit aux éléments réellement intégrés à l’immeuble.

Documentation obligatoire : attestation simplifiée ou normale selon le montant des travaux

Pour appliquer le taux réduit de TVA à 10 % (ou 5,5 % le cas échéant), le professionnel doit pouvoir justifier que les conditions légales sont réunies. Cela passe par la collecte et la conservation d’une attestation du client confirmant notamment que le logement a plus de deux ans et qu’il est affecté à l’habitation. Traditionnellement, deux modèles existaient : l’attestation simplifiée pour les travaux ne touchant pas à la structure et l’attestation normale pour les opérations plus lourdes de transformation. Dans tous les cas, ces documents devaient être conservés pendant cinq ans.

Pour un projet de cuisine classique (pose de meubles, plan de travail, crédence, petits travaux de plomberie et d’électricité), l’attestation simplifiée suffisait généralement. Elle détaillait la nature des travaux, l’adresse du logement, la date d’achèvement de la construction et l’engagement du client sur la véracité de ces informations. En dessous d’un certain seuil de montant (300 € TTC dans les anciens régimes), la simple mention portée sur la facture pouvait suffire, en indiquant que le logement était achevé depuis plus de deux ans et à usage d’habitation.

Les pratiques évoluant, l’administration fiscale tend désormais à simplifier le formalisme en privilégiant une mention explicite sur le devis et sur la facture : le client atteste que les travaux remplissent les conditions d’application du taux réduit. Quel que soit le support retenu, l’enjeu reste le même : permettre au professionnel, en cas de contrôle, de démontrer qu’il n’a pas appliqué un taux préférentiel à tort. Vous faites installer une nouvelle cuisine ? Assurez-vous de remplir et de signer l’attestation fournie par l’entreprise, et conservez-en une copie avec vos factures : c’est votre « police d’assurance » en matière de TVA.

Application du taux de TVA selon la nature des prestations de cuisine

Une fois les conditions générales d’éligibilité vérifiées (ancienneté du logement, usage d’habitation, attestation), reste à analyser concrètement comment la TVA se répartit selon la nature des prestations. Dans un projet de cuisine, les postes peuvent être nombreux : conception, fourniture des meubles, pose, plomberie, électricité, électroménager, ventilation, éventuels travaux d’isolation. Chacun de ces postes n’est pas nécessairement soumis au même taux, ce qui explique les devis parfois complexes.

Pour y voir plus clair, il est utile de raisonner poste par poste. Les meubles de cuisine et le plan de travail, dès lors qu’ils sont intégrés au bâti, relèvent généralement du taux de 10 % dans un logement de plus de deux ans. L’électroménager, lui, est en principe taxé à 20 %. Les travaux de rénovation énergétique (VMC double flux, isolation, chauffe-eau performant) peuvent ouvrir droit au taux de 5,5 %. Enfin, certains travaux annexes de maçonnerie ou de plâtrerie seront, eux aussi, rattachés au taux de 10 %, dès lors qu’ils ne conduisent pas à la création d’un immeuble neuf.

Fourniture avec pose : mobilier de cuisine, plan de travail et crédence

Lorsque vous confiez à une même entreprise la fourniture et la pose de votre mobilier de cuisine, du plan de travail et de la crédence, vous entrez dans le cas typique d’application de la TVA à 10 % (pour un logement achevé depuis plus de deux ans). Les éléments fournis sont considérés comme faisant partie du second œuvre : ils améliorent, transforment ou aménagent le logement sans le rendre assimilable à une construction neuve. Le plan d’aménagement de la pièce, souvent réalisé par le cuisiniste, vient renforcer cette vision d’ensemble.

Le taux de 10 % s’applique alors sur la main-d’œuvre de pose, mais aussi sur les caissons, façades, plinthes, corniches, fileurs, joues de finition, ainsi que sur le plan de travail et la crédence dès lors qu’ils sont fixés au mur ou posés de manière durable. Les petits consommables et matériaux nécessaires à la pose (colle, visserie, rails, silicone, etc.) suivent le même taux. C’est cette intégration globale qui permet de considérer qu’il s’agit de travaux sur immeuble, et non d’une simple livraison de meubles démontables.

En revanche, si vous achetez votre cuisine en kit dans une enseigne de grande distribution sans service de pose, le vendeur facturera la fourniture au taux normal de 20 %. Si, dans un second temps, vous mandatez un artisan pour assembler et installer ces éléments, la prestation de pose sera facturée à 10 %, mais les caissons et plans de travail resteront, eux, au taux plein, quelle que soit leur qualité. Pour mesurer l’impact budgétaire, imaginez un projet à 8 000 € HT de fournitures : la différence entre 20 % et 10 % de TVA représente déjà 800 € de gain potentiel.

Électroménager encastrable versus pose libre : analyse fiscale de l’intégration

L’électroménager est un point sensible, car il brouille parfois les frontières entre équipement intégré et équipement autonome. Fiscalement, la règle est claire : la fourniture d’appareils électroménagers reste soumise au taux normal de 20 %, même lorsqu’ils sont encastrables et installés dans une cuisine sur mesure. Sont concernés le four, la plaque de cuisson, le micro-ondes, le lave-vaisselle, le réfrigérateur, la hotte, le lave-linge, etc. La seule exception porterait sur certains éléments assimilés à des équipements de chauffage ou de production d’eau chaude, lorsque ceux-ci répondent à des critères énergétiques précis et relèvent du taux de 5,5 %.

La logique de l’administration est la suivante : un appareil électroménager reste, par nature, remplaçable indépendamment du bâti, même s’il est encastré dans un meuble. Vous pouvez changer de four sans déposer totalement la cuisine, contrairement à un linéaire de caissons vissés au mur ou à un plan de travail découpé sur mesure. C’est un peu comme une ampoule dans une lampe : le luminaire peut être fixé au plafond et relever des travaux d’électricité, mais l’ampoule que vous remplacez régulièrement reste un consommable, taxé différemment.

En pratique, cela signifie que les professionnels doivent faire apparaître distinctement, sur leurs devis et factures, la fourniture des appareils électroménagers avec une TVA à 20 % et les prestations de fourniture et pose du mobilier de cuisine avec une TVA à 10 %. La main-d’œuvre liée au raccordement des appareils (branchement électrique, raccordement eau/évacuation pour le lave-vaisselle, fixation de la hotte, etc.) relève quant à elle du taux applicable aux travaux sur immeuble, donc 10 % dans un logement ancien. Une ventilation rigoureuse évite les confusions et limite les risques de redressement.

Plomberie, électricité et raccordements : qualification des prestations connexes

Les travaux de cuisine s’accompagnent presque toujours d’interventions en plomberie et en électricité : déplacement d’une arrivée d’eau, création d’une nouvelle prise pour le four, mise en sécurité du tableau, installation d’un éclairage sous meuble, etc. Dans un logement achevé depuis plus de deux ans, ces prestations d’aménagement et de mise aux normes bénéficient, en principe, du taux réduit de 10 %, à condition qu’elles ne conduisent pas à une remise à neuf de plus de deux tiers des installations sanitaires ou électriques sur l’ensemble du logement.

Les raccordements des appareils de cuisine (lave-vaisselle, lave-linge, four, hotte) suivent le même régime que la prestation principale. Ainsi, la fourniture et la pose d’une nouvelle arrivée d’eau pour le lave-vaisselle, la pose d’une évacuation, le raccordement électrique de la plaque ou de la hotte sont des travaux sur immeuble éligibles à la TVA à 10 %. En revanche, la fourniture des appareils eux-mêmes continue à relever de la TVA à 20 %, comme vu précédemment. Il est donc fréquent de voir des lignes « plomberie – TVA 10 % » et « électroménager – TVA 20 % » figurer côte à côte sur une même facture.

Attention cependant à ne pas franchir le seuil qui transformerait votre chantier de cuisine en opération de rénovation lourde. Si, à l’occasion de la rénovation de la cuisine, vous refaites intégralement l’installation électrique de tout le logement ou de plus des deux tiers des installations sanitaires, l’administration pourrait considérer que l’on se rapproche d’une remise à neuf du second œuvre. Dans un tel cas, le taux réduit pourrait être remis en cause au profit du taux normal pour l’ensemble de l’opération. Là encore, un découpage précis des travaux, accompagné de devis et de factures distinctes, permet de sécuriser la situation.

Cas particuliers et exceptions fiscales pour les cuisines professionnelles

Toutes les cuisines ne sont pas installées dans des logements d’habitation. Les cuisines professionnelles (restaurants, hôtels, cantines, traiteurs, collectivités, espaces de coworking, bureaux, etc.) obéissent à des règles de TVA très différentes. Dans ces contextes, les locaux ne sont pas considérés comme des locaux à usage d’habitation au sens de l’article 279-0 bis du CGI, mais comme des locaux professionnels ou commerciaux. Par conséquent, les travaux de pose de cuisine, la fourniture des équipements inox, des pianos de cuisson, des chambres froides et des hottes professionnelles relèvent du taux normal de 20 %.

Seules certaines opérations ponctuelles peuvent ouvrir droit à un taux réduit de 5,5 %, par exemple des travaux lourds d’isolation thermique ou de production de chaleur renouvelable dans des locaux tertiaires, dans le cadre de dispositifs spécifiques. Mais l’aménagement d’une cuisine professionnelle, même s’il poursuit un objectif de performance énergétique (récupération de chaleur, équipements moins énergivores), ne relève pas du régime de TVA des travaux dans l’habitat. Cette distinction est importante pour les artisans qui interviennent à la fois chez des particuliers et dans des restaurants ou commerces.

Autre cas particulier : les résidences de tourisme, EHPAD, foyers logements ou résidences étudiantes. Selon la façon dont ces structures sont qualifiées fiscalement (hébergement touristique, logement social, établissement médico-social), les règles de TVA peuvent varier, notamment lorsque les cuisines sont intégrées aux logements individuels (studios avec kitchenette) ou aux espaces collectifs. Dans le doute, il est fréquent que les exploitants sollicitent un avis de l’administration ou s’appuient sur la doctrine publiée (BOFiP) pour trancher entre taux normal et taux réduit.

Risques de redressement fiscal et jurisprudence administrative en matière de TVA cuisine

Appliquer le bon taux de TVA sur des travaux de cuisine n’est pas qu’une question théorique : l’administration fiscale réalise régulièrement des contrôles sur ce type d’opérations. En cas d’erreur, le professionnel peut être amené à reverser la différence de TVA, assortie d’intérêts de retard et, parfois, de pénalités. Lorsque l’écart porte sur plusieurs chantiers ou plusieurs années, le montant du redressement peut vite devenir significatif. Pour le client, cela peut se traduire par une régularisation indirecte, si le professionnel tente de répercuter le surcoût ou si l’administration considère qu’il était de mauvaise foi.

La jurisprudence administrative a déjà eu à se prononcer sur des cas de cuisines surfacturées au taux réduit alors que les conditions n’étaient pas remplies : logements trop récents, opérations assimilables à de la construction neuve, équipements clairement mobiliers (cuisines démontables, modules posés sans fixation durable, etc.). Dans ces affaires, les juges ont rappelé que le taux réduit est une exception au principe du taux normal, et qu’il doit donc être interprété strictement. Le moindre doute doit profiter à l’administration plutôt qu’au contribuable.

C’est pourquoi les professionnels sérieux veillent à documenter leurs dossiers : attestation de plus de deux ans, plans de l’existant et du projet, photos avant/après, ventilation claire des taux sur les factures. De votre côté, en tant que client, vous pouvez vérifier que votre devis détaille bien, poste par poste, les taux de TVA appliqués. Un devis global avec une TVA unique sur l’ensemble des prestations (meubles, pose, électroménager) dans une cuisine peut être un signal d’alerte. En cas de contrôle, vous devrez démontrer que vous avez agi de bonne foi et fourni les documents demandés au professionnel.

Facturation et obligations déclaratives du professionnel installateur de cuisine

Pour le cuisiniste ou l’artisan installateur, la question de la TVA ne se limite pas au choix du taux sur le devis. Elle implique aussi des obligations de facturation et de déclaration strictes. Chaque facture doit mentionner clairement le taux de TVA appliqué à chaque ligne de prestation, notamment lorsqu’un même chantier cumule plusieurs taux (5,5 %, 10 % et 20 %). L’entreprise doit également conserver les attestations clients et tous les justificatifs permettant d’établir que les conditions d’éligibilité au taux réduit sont réunies.

Sur le plan déclaratif, la TVA collectée sur les travaux de cuisine, quel que soit le taux, doit être reversée à l’administration selon la périodicité propre à l’entreprise (mensuelle, trimestrielle ou annuelle). Une mauvaise ventilation entre taux réduits et taux normaux peut conduire à des anomalies dans les déclarations de TVA, détectables lors des contrôles automatisés ou des vérifications de comptabilité. C’est l’une des raisons pour lesquelles de nombreux professionnels se dotent d’outils de gestion et de contrôle interne dédiés à la TVA travaux, voire sollicitent leur expert-comptable pour valider leurs pratiques.

En définitive, l’installateur de cuisine est au croisement de plusieurs exigences : conseil au client sur l’impact du taux de TVA, respect des textes fiscaux, sécurisation de sa propre responsabilité. En tant que particulier, vous pouvez en profiter pour poser toutes vos questions en amont : votre interlocuteur doit être en mesure de vous expliquer pourquoi tel poste est à 10 %, tel autre à 20 %, et dans quels cas un taux de 5,5 % pourrait s’appliquer. Une facturation claire et conforme est non seulement une obligation légale, mais aussi un gage de confiance pour votre projet de cuisine.